Éduquer sans s’épuiser
Par le Professeur Alan Kazdin du Centre de parentalité de Yale.
Fruits de plusieurs années de recherches scientifiques issues de très nombreux chercheurs, les techniques décrites dans cet ouvrage par Alan Kazdin ont aidé des milliers de familles pendant plus de 20 ans au Centre de parentalité de Yale.
Ces techniques sont basées sur la recherche scientifique. Elles sont adaptées au fonctionnement du cerveau et c’est en cela qu’elles constituent, sans être la solution miracle à tous les cas, une boîte à outils formidable.

ACC Antécédents Comportements Conséquences
Les principes de la méthode peuvent se résumer en trois lettres : ACC Antécédents Comportements Conséquences
Les Antécédents :
Il y a deux grands type d’antécédents : Les sollicitations directes et les événements prédictifs
Les sollicitations directes : Incitations.
- ex : pour le rangement, j’en range un t’en range un, je t’aide
Pour se donner toutes les chances d’obtenir le comportement voulu, les antécédents doivent être donnés au bon moment d’une part, avec un ton propice à l’invitation, la politesse allant de pair et une distance respectable.
Mal parler à son enfant, sans faire d’effort de politesse, sur un ton agressif, avec le visage fermé ou en colère, en lançant un ordre sec du bas de l’escalier à destination des chambres situées à l’étage, laisse peu de chance à la réussite.
Si vous exigez de vos enfants qu’ils soient polis et se comportent de manière civilisée, mieux vaut commencer par donner l’exemple.
Pour quelles raisons n’auraient-ils pas le droit à la politesse, à un sourire et à une demande effectuée à proximité d’oreilles au lieu d’un aboiement du bas des marches ?
Approchez-vous et demandez ce que vous souhaitez avec un sourire et ponctuez par s’il te plait !
Cela peut ne pas fonctionner directement, surtout si vous venez de lui râler après. Mais si vous n’avez pas l’habitude de faire comme cela, il y a fort à parier que votre enfant appréciera et fera ce que vous lui demandez. (Soyez patient)
“chez les tout-petits, la faim, la soif ou la fatigue constituent des événements préparatoires négatifs si puissants que vous n’obtiendrez rien tant que ces besoins n’auront pas été comblés"
Les événements prédictifs : incitations indirectes
L’idée est de susciter l’envie de réaliser un comportement. Il peut exister beaucoup d’événements prédictifs. Par exemple, pour mettre en conditions du coucher, on pourrait imaginer baisser la lumière du salon et illuminer le couloir, l’escalier qui mène à la chambre, éclairer la salle de bain. Transférer la lumière pour montrer un changement imminent d’activité. Prévenir simplement à l’avance que c’est bientôt l’heure de dormir et qu’il/elle peut jouer encore quelques minutes.
Alan Kazdin nous propose 3 principaux outils d’événements prédictifs :
- Le défi : Pour le brossage des dents par exemple. (Sans comparer avec le frère ou la sœur qui y arrive sans problème, car la comparaison pourrait ouvrir un conflit entre eux.) On peut comparer avec la généralité, nous dit Alan Kazdin. “La plupart des enfants de ton âge y arrivent tout seuls, tu crois que tu peux y arriver ?” Le défi fait appel au comportement naturellement compétiteur des enfants. (rien à voir avec la compétition des classes prépa OK)
- le choix : Il vaut mieux donner de vrais choix qu’un choix basique A ou B. Par exemple “tu peux le faire seul, ou je peux t’aider”, tu peux faire un peu maintenant et puis le reste plus tard. “ On s’en va, met ton manteau, ou un pull”. L’objectif sera rempli de toute façon.
- Les demandes susceptibles d’être plus ou moins honorées : Ce mécanisme fonctionne sur le principe suivant. Lorsqu’on sait que l’on va faire une demande susceptible d’être moins honorée, une action ou un comportement que l’enfant n’aime pas faire, on lui demande au moins deux choses qui sont le plus susceptibles d’être honorées. Le fait de demander deux choses faciles avant de demander une chose plus compliquée ou moins agréable à faire, fait perdurer le mécanisme d’obéissance et l’on est plus à même d’obtenir l’action ciblée.
Ex. : Tu peux me donner mon magazine s’il te plait ? Tiens, pose ça sur la table, merci ! Viens, on va se brosser les dents maintenant.
On peut associer les deux pour avoir de meilleures chances d’obtenir le comportement attendu.
Le Professeur Alan Kazdin ajoute que “chez les tout-petits, la faim, la soif ou la fatigue constituent des événements préparatoires négatifs si puissants que vous n’obtiendrez rien tant que ces besoins n’auront pas été comblés.
Pour réussir, il précise également que le quand et le comment sont essentiels et que harceler nos enfants de questions dès qu’ils rentrent de l’école pour tenter une approche est à coup sûr voué à l’échec.
Lorsque nous rentrons d’une journée de travail par exemple, combien sommes-nous à vouloir nous “poser” le temps de souffler ?
Si les Antécédents sont un bon moyen d’obtenir des résultats dans la vie quotidienne, le chapitre concernant les Comportements nous explique comment obtenir un comportement installé durablement.
Comportements :
Alan Kazdin nous fait remarquer qu’en effet, nous sommes prompts à réagir immédiatement lorsque l’on constate un comportement inadéquat, ce qu’il nomme “biais de négativité” (la réaction aux stimulus négatifs), mais jamais nous ne formulons le comportement que nous souhaitons voir.
Il nous propose alors de fixer des objectifs sur les comportements souhaités en commençant par énoncer clairement ce que l’on souhaite ; comme si nous l’expliquions à un inconnu. (L’écrire clairement sur un papier, ou une liste dans une app de prise de note par exemple).
Formuler
Nous devons apprendre à formuler précisément ce que nous souhaitons : Quel comportement je souhaite voir chez mon enfant, quelle réaction j’aimerais qu’il ait fasse à une situation.
Ex. : Je veux qu’il soit gentil en général. Je voudrais qu’elle arrête de frapper son frère dès qu’elle n’est pas d’accord avec lui. etc.
Une des techniques proposées par Alan Kazdin est de trouver l’opposé positif. C’est-à-dire déterminer le comportement inverse que l’on souhaiterait voir se produire à la place du comportement négatif que l’on observe. Cet opposé positif permet de formuler efficacement le comportement que l’on souhaite développer chez l’enfant.
Décomposer
De même lorsque le comportement que l’on souhaiterait voir est composé de plusieurs tâches alors il faut apprendre à décomposer l’ensemble des tâches afin de pouvoir les enseigner une par une. Alan Kazdin prend l’exemple de se préparer pour l’école qui est en réalité un ensemble de tâches : se lever à l’heure, déjeuner, se laver, s’habiller, etc. Ce qui nous paraît être un enchaînement logique constitue une série de savoir-faire différents.
Trois outils
Le façonnement, basé sur ce que l’enfant sait déjà ; on développe petit à petit des comportements déjà existants pour amener vers un comportement plein et acquis.
Le jeu de rôle, quand il n’y a pas de début de comportement qu’on l’on puisse entraîner, alors on crée artificiellement les conditions du comportement pour le faire exister au travers du jeu, suivi d’une conséquence pour récompenser l’enfant.
Le démarrage ou amorçage de réponse qui consiste à amorcer un comportement que l’enfant connaît bien et à déjà l’habitude de réaliser.Provoquer le démarrage amène à enchaîner la suite des comportements souhaités. Par exemple, attraper le tube de dentifrice pour le mettre sur la brosse à dents peut entraîner sa volonté de finir l’action par lui-même puis de se brosser les dents.
Conséquences :
Récompenses ou renforcement positif mis en œuvre grâce aux renforçateurs tels que les félicitations, l’attention, l’approbation, un système de point et aux récompenses proprement dites
La phase précédente, c’est-à-dire à l’identification précise du comportement que l’on souhaite obtenir, est cruciale pour permettre son renforcement positif. Il faut obligatoirement être capable de décrire l’opposé positif, le comportement inverse du comportement que l’on veut effacer.
Exemple :
Comportement que l’on souhaite effacer : Il dit des gros mots
Mauvais exemple d’opposé positif : Je veux qu’il arrête de dire des gros mots ou je veux qu’il soit poli (Pas assez précis.)
Bon opposé positif : Je veux qu’il remplace les gros mots qu’il utilise par des mots corrects.
Avec ce dernier exemple, nous, parents, nous savons alors quelles actions nous allons pouvoir tenter pour changer le comportement : à chaque fois qu’il utilisera un mot correct à la place d’un gros mot, on pourra le féliciter, lui donner des points ou le récompenser.
Exemple :
Au lieu de dire à sa sœur :
- tu me fais chier,
il dira pour une fois :
- arrête de m’ennuyer, arrête de me déranger, etc.
En identifiant clairement l’opposé positif, nous serons également en mesure de proposer une alternative.
Puisque nous savons, dans cet exemple, que l’on ne veut pas simplement qu’il soit poli, mais que, de façon plus précise, nous voulons échanger des mots par d’autres, des gros mots par un vocabulaire correct, nous pourrons alors lui proposer le mot en question.
- Dire à ta sœur qu’elle te fait chier, c’est violent et c’est moins efficace que “laisse-moi tranquille” ou “je suis occupé tu me déranges”, d’autre part je trouve que c’est laid d’entendre ça de ta bouche et cela ne te ressemble pas. Tu es beau, alors dis de belle chose 🙂. (Si c’est un ado, cela pourra engendrer de la “gênance”, c’est-à-dire une réaction négative, “j’ai trop honte de mes parents” “arrête de dire des trucs comme ça, c’est la honte. Ce sera sans doute l’objet d’un sujet sur notre site)
Chacun de ces chapitres contient de nombreux exemples concrets et parlants issus de situations réelles.
Ils sont ponctués de fiches : ce qu’il faut faire – Ce qu’il ne faut pas faire.
Il y a également un chapitre efficace sur la punition qui permet d’aligner le juste degré de ce que devrait être une punition avec l’utilité de la punition et son cadre.
Ce chapitre explique comment désolidariser son propre stress, l’ énervement personnel qui peut résulter de difficultés propres au déroulement d’une vie d’adulte, journée fatigante, problèmes financiers, harassement général, d’une situation qui concerne son enfant et le comportement que l’on souhaite changer.
Il décrit l’inutilité et l’aspect contre-productif de l’escalade punitive, des cris et de la colère.
Il nous fait prendre conscience du caractère permanent de l’état d’éducation d’un cerveau qui n’est pas fini et de la nécessité d’y porter une attention particulière.
Alors oui, c’est vrai, cela demande du temps. Cela implique de consacrer plusieurs minutes par jour à l’observation active de ses enfants. De ne pas réagir à la va-vite. Et l’on ne se donne pas toujours le temps lorsqu’on est un parent fatigué et que la journée a été dure et que les transports en commun ou les embouteillages nous ont achevés.
Cela ne paraît rien comme cela. Plusieurs minutes. Mais comptons déjà une minute chrono en main, et cette fonction est présente dans toutes les horloges des smartphones, une minute pour observer activement ses enfants. Vous verrez que ces longues 60 secondes vous permettront d’avoir ce temps nécessaire de recul avant de réagir. Cette minute pendant laquelle, en même temps, vous repenserez aux conseils avisés d’Alan Kazdin.


